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Contexte & Histoire

01
Contexte

Extrait de la carte de Ferraris (1777) : champs, vergers, chemins et quelques bâtiments épars, l’emplacement du futur marais entouré d’un pointillé

Marais de Biestebroeck

19. 08. 1994

Cet espace longeant le canal, surnommé « Îlot Shell », a connu de nombreuses transformations depuis 100 ans. Pour imaginer son avenir, il faut d’abord comprendre son histoire.

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02
Histoire

Carte de la vallée de la Senne vers 1550 par Jacob van Deventer, l’emplacement du marais surligné

Prairies et cours d’eau naturels

1550

Avant toute urbanisation, la zone de Biestebroeck est composée de prairies s’étendant le long de la vallée de la Senne. La carte de Van Deventer (1550) montre un territoire quasi vierge, dominé par les méandres naturels de la Senne et ses zones humides.

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Extrait de la carte de Ferraris (1777) : champs, vergers, chemins et quelques bâtiments épars, l’emplacement du futur marais entouré d’un pointillé

Un territoire encore agricole

1777

La carte de Ferraris (1777) confirme le caractère rural du site. Quelques bâtiments épars, des champs et des vergers composent ce paysage, encore épargné par la révolution industrielle qui approche. Le futur site du marais est signalé par un périmètre rouge pointillé.

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Carte postale ancienne « Bruxelles-Anderlecht, le petit Moulin » : l’étang du Petit Moulin, des arbres nus et une haute cheminée d’usine sur la rive Extrait de la carte Huvenne de 1858 : le Petit Moulin entouré de pointillés, entre l’ancien château du duc d’Aumale et Cureghem

Le Petit Moulin et les premières industries

1858

La carte Huvenne (1858) témoigne des premières transformations : « Le Petit Moulin » est visible, les produits chimiques font leur apparition dans le quartier. Le village de Cureghem s’étend progressivement. La Senne est encore présente mais l’industrialisation s’accélère.

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Carte postale ancienne du pont du canal à Anderlecht : usines et cheminées sur la rive gauche, une péniche sur l’eau, des promeneurs sur la berge

Anderlecht s’industrialise

1882

La carte IGN de 1882 montre une urbanisation bien avancée autour du site. Le Petit Moulin est encore noté, mais le tissu urbain se densifie rapidement. Les cartes postales de l’époque témoignent de la vie active sur le canal, avec ses péniches et ses ponts.

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Carte IGN de 1924 : le canal, les voies ferrées et les rues quadrillent Anderlecht, le site du marais cerné de pointillés

Le site pleinement industriel

1924

En 1924, le site est totalement intégré dans le tissu urbain industriel. Le canal de Charleroi structure le territoire, les voies ferrées le longent. C’est à cette époque que la zone de Biestebroeck connaît sa plus intense activité industrielle, préfigurant l’arrivée de Shell.

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Vue aérienne du site vers 1930-1935 : ateliers, entrepôts et maisons entre la rue et le canal, la voie ferrée en diagonale

L’arrivée de Shell et l’Îlot Shell 1930-1953

Shell s’installe progressivement sur le site. Les premières cuves de stockage d’hydrocarbures apparaissent sur les photos aériennes des années 1950. Le site se transforme en dépôt industriel majeur, au cœur d’un quartier populaire densément peuplé. C’est ainsi que naît le surnom « Îlot Shell ».

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Vue aérienne de 1944 : le site du futur îlot Shell encore occupé par des ateliers et des jardins, le canal et la voie ferrée à droite Vue aérienne de 1953 : les cuves rondes de Shell sont apparues au cœur de l’îlot, entre le canal et les rues du quartier Photo aérienne des années 1960 : les grandes cuves de Shell et leurs entrepôts au bord du canal, un pont et des voitures garées sur les quais

Vues aériennes

1944

1953

1960

Vue aérienne de l’îlot Shell en 1971 : les cuves de stockage d’hydrocarbures occupent le centre de la parcelle, le canal longe le site à droite

L’apogée de Shell

En 1971, l’Îlot Shell est à son maximum d’activité. Les cuves de stockage d’hydrocarbures dominent le paysage aérien. Le site occupe l’intégralité de la parcelle, imperméabilisant le sol et façonnant pour des décennies la pollution qui s’y déposera.

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Le départ de Shell & la naissance du marais

Vue aérienne de 1996 : les cuves de Shell ont disparu, l’îlot n’est plus qu’un grand terrain vague entre les rues, les entrepôts et le canal

1996

Vue aérienne de 2004 : l’îlot Shell rasé, un grand terrain nu entre les rues et le canal Vue aérienne de 2012 : la végétation commence à couvrir le terrain de l’ancien îlot Shell Vue aérienne de 2024 : le terrain de l’ancien îlot Shell couvert d’une végétation dense, le marais

2004

2012

2024

À partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles et ses communes environnantes se désindustrialisent fortement, nombres d’industries quitte les quais, l’emploi manufacturier chute de près de 75% entre 1970 et 2000 et la part des services dans l’économie Bruxelloise augmente considérablement.

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Le marais en été : saules et jeunes bouleaux en pleine feuille, un ancien bâtiment industriel apparaît au loin entre les branches Gros plan sur une tige de jonc en fleur, devant les roseaux flous du marais

Un écosystème précieux au cœur de la ville Aujourd’hui

Sortie de terrain au marais biestebroeck ce 14 mai, sous une pluie glaciale, avec le CEBE et le labo Bulicante. L’eau a révélé un écosystème actif : mollusques d’eau douce, corises, nombreuses larves d’insectes (éphémères, demoiselles, dytiques, chironomes).

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03
Contestation

Premiers projets immobiliers

Dès les années 2000, le terrain du marais attise les convoitises immobilières. Des projets vont se succéder, mais c’est le projet de marina de l’architecte-promoteur De Bloos qui suscite la première grande vague de contestation : un bassin pour yachts bordé de logements de luxe, en plein milieu de quartiers populaires densément peuplés.

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Mise à l’enquête publique du projet “The Dock”

La Commune d’Anderlecht mettra le projet « The Dock », situé sur la parcelle dite de l’îlot Shell, à l’enquête publique fin 2017 juste après l’adoption du PPAS (en plein milieu des vacances de Noël).

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Janvier à décembre 2018

Mobilisation citoyenne

IEB et le Centre de Rénovation Urbaine d’Anderlecht (CRU) se mobilisent : communiqués de presse, pétition, toutes-boîtes. Des ateliers sont organisés avec des habitants du quartier en collaboration avec l’Université Populaire d’Anderlecht (UPA). Il en sortira un film d’atelier et un documentaire sonore.

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23 janvier 2018

Permis d’environnement accordé

Bruxelles Environnement délivre le permis d’environnement à The Dock. Dans la foulée, IEB introduit un recours devant le Collège d’environnement, soulevant notamment que le dossier devait être complété par une étude analysant les incidences du projet amendé.

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The Dock abandonné

17 janvier 2019

Un arrêté du 17 janvier 2019 enjoindra à The Dock de déposer un complément d’étude, sous le suivi d’un comité d’accompagnement, avec réitération de l’enquête publique. Las, le promoteur jettera l’éponge et revendra la parcelle au promoteur Vervoordt Real Estate.

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Le terrain est revendu : 343 logements privés

Le nouveau promoteur introduit, en 2023, une nouvelle demande de permis pour 343 logements privés et 184 places de parking. Il présente son projet comme une « machine écologique exemplaire » alors qu’il imperméabilise la parcelle à 75 % et détruit totalement le marais.

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Naissance de l’Alliance

Mai 2024

La mise à l’enquête publique du nouveau projet en mai 2024 provoque une vive contestation. Les prémisses de l’Alliance se nouent. Très rapidement, les défenseur·euses du marais prennent conscience qu’il faut occuper la place, prendre soin du lieu et créer un contre-récit face au discours du promoteur.

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Septembre 2024

Jumelage avec le Marais Wiels

En septembre 2024, un jumelage est organisé avec le Marais Wiels, concrétisant la perspective d’une alliance entre zones humides urbaines résurgentes à l’échelle européenne.

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Janvier 2025

Mobilisation citoyenne

En janvier 2025, une journée de rencontre et une conférence de presse sont organisées, amenant le promoteur à prendre la mesure de la résistance qui sourd dans le quartier.

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Le terrain après le passage de la pelleteuse, le 24 janvier 2025 : ornières de boue et flaques au premier plan, roselière arrachée, maisons du quartier et une grue au fond

24 janvier 2025

Destruction illégale du marais

À l’aube du vendredi 24 janvier 2025, le quartier se réveille au son d’un tractopelle de 90 kw qui rase en quelques heures plus de 2 000 m² sur les 13 000 m² du site. Le promoteur-propriétaire n’a pas de permis d’urbanisme. Alertée, l’Alliance s’oppose à l’opération. La machine est sabotée nuitamment, ce qui permet aux inspecteurs d’interrompre le chantier.
Les travaux ont causé la destruction d’espèces et d’habitats protégés, l’abattage d’arbres hautes-tiges, et la destruction d’une cabane d’une personne sans chez-soi, au mépris de la trêve hivernale.

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Printemps 2025

Demande de classement

L’asbl Bruxelles Nature introduit pour l’Alliance une demande de classement du Marais Biestebroeck.

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28 mai 2025

Avis de la CRMS

La Commission royale des monuments et sites (CRMS) rend un avis défavorable le 28 mai 2025 mais reconnaît « les qualités paysagères, esthétiques, écologiques et sociales notables [du site] ».

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Terre retournée et flaques de boue au pied d’un hangar couvert de graffitis, après la destruction du 24 janvier 2025 Banderole « Vervoordt détruit le marais sans permis » accrochée à la clôture, devant la roselière et d’anciens bâtiments industriels Banderole « 02 FÉV 2025 = Journée mondiale des zones humides » accrochée à la clôture du marais Un chemin du marais en mai 2025, quatre mois après la destruction : la végétation a repris sur la terre retournée, un grand bâtiment industriel en briques au fond

04
Le Quartier

Vue panoramique sur les toits serrés d’Anderlecht, un clocher d’église à l’horizon

Le Quartier Biestebroeck

Le marais ne peut être décrit sans tenir compte du quartier dans lequel il s’inscrit ni des habitant·es qui le font vivre. Situé en rive gauche du bassin de Biestebroeck, au cœur d’une zone fortement peuplée, il s’insère dans un tissu urbain particulièrement dense.

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Balade guidée dans le marais : un participant à casquette disparaît dans la végétation haute, devant un ancien bâtiment industriel en briques

Une densité hors norme

Quelques chiffres peuvent nous éclairer : les quartiers Wayez et Biestebroeck affichent des densités trois à cinq fois supérieure à la moyenne régionale (entre 18 000 et 34 000 hab/km², contre 7 440 hab/km² en moyenne en Région bruxelloise).

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Vue panoramique sur les toits d’Anderlecht : immeubles et maisons serrés, quelques arbres, les tours de Bruxelles à l’horizon

Un manque criant de crèches

2020

Anderlecht est l’une des communes les plus jeunes de la Région de Bruxelles-Capitale. Pourtant, elle ne compte que 0,2 place de crèche par enfant de moins de trois ans (0,19 dans les quartiers proches du site), un taux inférieur aux recommandations européennes. Cette situation aggrave les inégalités sociales et complique l’accès à l’emploi, en particulier pour les familles monoparentales.

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Une précarité persistante

Janvier 2021

42 968 personnes bénéficient de l’intervention majorée (BIM) à Anderlecht, soit 35% de la population (contre 26,5% au niveau régional). Le revenu imposable médian est de 19 436 € (vs 21 870 € régional) et le taux de chômage atteint 19,86% (vs 17,76%). Ces chiffres témoignent d’une précarité structurelle que les projets immobiliers de luxe aggravent.

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Un parc de logements sociaux insuffisant

Seuls 9,6% des logements à Anderlecht sont des logements sociaux. Depuis vingt ans, la création moyenne n’a été que d’environ 15 logements sociaux par an. Les projets de logements privés développés par les promoteurs sont majoritairement destinés aux classes moyennes, voire aisées, et contribuent à renforcer la spéculation foncière et à accélérer les dynamiques de gentrification.

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Le canal à la tombée du jour : un quai désert bordé d’une rambarde, des entrepôts éclairés sur l’autre rive

Des mesures sécuritaires vécues comme des violences

2024

Le quartier est marqué par une série de mesures sécuritaires : fermeture prolongée d’espaces publics (place Jorez, parc de la Rosée), couvre-feux pour les commerces de Cureghem lors du Nouvel An 2024, interdictions d’accès au Peterbos depuis 3 ans. Ces mesures sont vécues par nombre d’habitant·es comme des formes de violence sociale et institutionnelle.

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05
Aujourd’hui

Photo de groupe sur le terrain de foot improvisé : enfants et adultes du quartier réunis derrière une banderole, sur l’ancien parking asphalté bordé de palettes

Un terrain de foot improvisé

Loin de se décourager, l’Alliance contre-attaque et poursuit son engagement. Au printemps 2025, des goals sont installés sur la partie du site qui avait été asphaltée par le promoteur pour en faire un parking.

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Crade party sur le parking asphalté du marais : un groupe de bénévoles avec des sacs et des pinces à déchets, des pneus empilés, des immeubles et une grue à l’arrière-plan Bénévoles de la crade party en vestes de pluie, pinces et sacs à déchets à la main, qui discutent sur le parking mouillé devant les palissades du site

Crade parties & soin du lieu

Été 2025

Des crade parties s’organisent régulièrement pour prendre soin du site : nettoyage collectif, fauchage, actions d’embellissement. Ces moments de rencontre permettent de visibiliser les enjeux et de créer du lien entre les défenseur·euses du marais et les habitant·es du quartier.

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Une grande tête de dragon en papier mâché, aux ailes déployées, portée à bout de perches par plusieurs personnes devant la végétation du marais ; une femme marche au premier plan

Un dragon en papier mâché pour défendre le marais

Été 2025

Des événements festifs et artistiques sont organisés sur le site : balades guidées, laboratoires de fiction, panneaux pédagogiques. Une grande créature en papier mâché, dragon aux ailes colorées est portée en procession sur le site, symbole de la résistance créative de l’Alliance.

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Portrait d’un défenseur du marais, barbu, en tee-shirt, les mains sur les hanches, debout dans la végétation du site, des toits d’Anderlecht à l’arrière-plan

Portrait du défenseur

Atelier en plein air au marais : des habitantes et des habitants discutent debout autour d’une table couverte de plans du site

Aujourd’hui La lutte continue

La défense du marais se concrétise de multiples façons : par le soin apporté au lieu, par la volonté de rendre visible le site via les réseaux sociaux et de nombreuses visites guidées, par la collaboration avec des projets académiques, et par les procédures de protection et de classement toujours en cours. Le marais reste un espace vital de respiration, d’ancrage et d’imaginaire collectif pour un quartier en profonde mutation.

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Coucher de soleil sur le quartier : la silhouette d’un haut bâtiment ancien et de bouleaux se découpe sur le ciel